Journée internationale de la jeunesse 2014 : deux jeunes qui veulent changer le monde

A ma participation au FIJEV 2014, le Forum international francophone « Jeunesse et Emplois verts » au Niger, j’ai eu la chance de rencontrer des jeunes participants venus de tous les horizons. Ils n’avaient qu’un rêve : changer le monde avec ceux qu’ils ont de précieux : leurs idées, leurs projets et leur inépuisable énergie.

Pour la Journée internationale de la jeunesse, célébrée tous les ans le 12 août, je reviens donc sur ce forum pour vous parler de deux participants nigériens qui ont accepté de partager une partie de ce qu’ils font pour changer leur monde : Kader Kaneye, 30 ans, expert-comptable et Hadiza Hachimou, 26 ans, elle prépare un master 2 en audit et contrôle de gestion.

Après une première édition réussie en 2012, la 2ème édition a réuni 200 jeunes dont 150 Nigériens, 50 jeunes venant de 34 pays de l’espace francophone ainsi qu’un panel d’experts et des responsables de programme pour les jeunes du monde entier à Niamey au Niger du 10 au 13 juin 2014.

Après une première édition réussie en 2012, la 2e édition a réuni 200 jeunes, dont 200 jeunes venant de l’espace francophone à Niamey au Niger du 10 au 13 juin 2014. (Crédit photo: OIF)

Kader Kaneye et l’arbre miracle pour le Niger

Kader Kaneye est un jeune expert-comptable de 30 ans. C’est aussi un entrepreneur social fortement engagé pour le changement des mentalités au service de l’émergence d’une nouvelle Afrique tournée vers le futur.

Kader KANEYE est un jeune Expert-comptable de 30 ans. Il compte résoudre les crises alimentaires grâce au Moringa, "l'or vert du Niger". Il est aussi parmi les 500 jeunes du programme Youth African Leaders Initiative (YALI).

Kader Kaneye  compte résoudre les crises alimentaires au Niger grâce au Moringa, « l’or vert ». Il est aussi parmi les 500 jeunes du programme Youth African Leaders Initiative (YALI).

Le moringa oleifera qu’on appelle communément « or vert », un produit très prisé mais mal exploité au Niger, lui inspire une idée : développer et maîtriser la chaîne de valeur afin de dépasser les crises cycliques alimentaires dans son pays.

Au-delà de la production en masse du moringa dont une grande partie est importée du Nigeria voisin, Kader Kaneye entend créer un processus de maîtrise de la chaîne de la valeur du produit à tous les stades, et ce faisant, contribuer à renforcer les producteurs, créer de l’emploi pour les jeunes et les femmes, et lutter contre les crises alimentaires et la malnutrition infantile dans son pays. L’ambitieux projet vise à fédérer pas moins de 500 000 hectares à terme. Mais la rigueur intellectuelle du spécialiste du chiffre lui impose une approche pragmatique fondée sur la validation du projet par étapes de manière empirique. En l’état actuel du projet, une superficie de 4 hectares est envisagée avec emploi d’une dizaine de jeunes. A terme, des milliers d’emplois sont concernés et le serial entrepreneur est confiant.

Il ne compte pas en faire un produit uniquement culinaire, mais aussi diversifier son utilisation à travers ces segments : fourrage du bétail (vaches, moutons, chèvres, lapins) et aliment pour les poissons (ex. les carpes), production de biogaz, teinture (de couleur bleue) et tannin pour les peaux de bêtes, fertilisation et prévention de certaines maladies des plantes (ex. pythium debaryanum) , substance nutritive pour l’appareil foliaire (augmentation du rendement des récoltes de plus de 30 %), engrais vert et fabrication de cordes.

L’idée Kader Kaneye séduit le jury du concours de projet au FIJEV 2014 : son projet sera financé et accompagné. Mais ce jeune ne compte pas en rester là, il a encore d’autres flèches à son arc. En effet, son remarquable parcours lui a permis de rejoindre 499 autres jeunes et d’intégrer le prestigieux programme américain Young African Leaders Initiative (YALI) qui l’a conduit à Chicago pour 6 semaines de formation, et une semaine à Washington où il a rencontré entre autres le président Barack Obama, son épouse Michèle Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry. Une très belle aventure au pays de l’Oncle Sam qu’il raconte en détail sur son blog.

 

Hadiza, la nouvelle fermière du Sahel

Hadiza Hachimou a 26 ans. Déjà titulaire d’un Bac+ 4 de l’ISCAE au Maroc, elle prépare un master 2 en audit et contrôle de gestion de l’IAM Dakar. Elle vient d’une famille de 3 enfants dont elle est l’aînée. Elle aime voyager et donner des cours de soutien aux enfants.

Hadiza HACHIMOU a 26 ans prépare  un Master 2 en Audit et Contrôle de Gestion de l'IAM Dakar.  Avec une amie, elle a monté une ferme dénommée «Sarraounia Agro Plus» pour promouvoir l’entrepreneuriat social des femmes dans le domaine agricole.

Hadiza Hachimou a monté «Sarraounia Agro Plus» pour promouvoir l’entrepreneuriat social des femmes dans le domaine agricole.

Avec une amie informaticienne, elle a monté une ferme dénommée «Sarraounia Agro Plus», un projet qui vise à promouvoir l’entrepreneuriat social des femmes dans le domaine agricole. Dans cette entreprise, on se focalise sur la culture biologique, car « il ne s’agit pas de produire en masse, mais il s’agit de consommer sain et vivre mieux ».

Hadiza trouve qu’être femme et entreprendre en Afrique est une chose difficile : « Quand je prends l’exemple de mon pays le Niger, je peux affirmer que les femmes entrepreneurs sont peu représentées pour diverses raisons. Selon la Chambre de commerce, d’agriculture, d’industrie et d’artisanat du Niger, sur 3 579 entreprises enregistrées en 2007 dans le fichier consulaire 184 sont dirigées par des femmes, soit une proportion de 5, 14 %. Ces 184 entreprises se répartissent comme suit : Industries et BTP : 19 ; Commerce et services : 150; et Artisanat : 15. Les autres domaines sont peu ou pas du tout exploités par les femmes alors qu’elles peuvent apporter un changement dans la chaîne de valeur. Même si ce sont des données non actualisées, cela montre à quel point les femmes sont sous-représentées en entrepreneuriat».

Elle ajoute que : « En Afrique, les femmes sont souvent mises en arrière-plan en ce qui concerne l’entreprenariat, or elles constituent un potentiel non négligeable».

Quand avec sons son amie elles ont décidé de créer une ferme, la première réaction de leur entourage a été : « Mais c’est un travail d’homme ! ». «Dans les exploitations, une grande partie de la main-d’oeuvre est féminine.  Est-ce à dire demande Hadiza que la femme doit toujours rester main-d’oeuvre et ne pourra jamais être gérante? »

Outre cette barrière dressée aux femmes qui souhaitent entreprendre, l’accès au microcrédit reste aussi un obstacle. Pour les secteurs tels que l’habillement, l’esthétique, la restauration, Hadiza constate que cet accès au crédit est limité alors que les femmes sont capables de développer une entreprise dans ces secteurs par définition « féminins ».

« Le financement est une des difficultés majeures que rencontrent les femmes qui veulent entreprendre, surtout au Niger. Donner aux femmes le moyen d’être indépendantes financièrement est jugé comme une révolution des moeurs dans nos cultures fortement traditionnelles » souligne la jeune fille qui rêve de voir son entreprise prospérer.

Elle est convaincue que plus la femme est autonomisée financièrement, plus la société est stable économiquement et socialement parlant. « Il faudrait démystifier l’entrepreneuriat en Afrique, encourager les femmes dans les secteurs qui sont aujourd’hui quasi exclusivement réservés aux hommes, car il est toujours possible d’apporter de l’innovation » conclut-elle.

Hadiza et Kader ne sont pas sûrement les seuls jeunes qui essaient de faire bouger le monde dans leurs communautés. Il y en a des milliers comme eux dans les quatre coins du globe, en connaissez-vous ? Et vous, que faites-vous pour changer le monde autour de vous ? Partagez votre expérience dans les commentaires!

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