Moi malgache, je sais parler le français de la France

 

Madagascar est une nation francophone. Le français et les malgaches, les malgaches et les français ont des tas de choses en commun : les Iles Eparses par exemple. Les malgaches sont réputés avoir une voix apaisante et un français presque sans accent. Mais ne mettons pas tout le monde dans le même sac car il y a mille et une façons de parler le français dans un pays vaste comme Madagascar. Mais comment est-ce que nous les malgaches parlons français?

IMG_0041[1]Source photo: @Galaelle

1-Les académiciens
Ils ne parlent que rarement français. Ils s’expriment entièrement en malgache et pensent que les malgaches qui ne le parlent pas très bien ont vendu leurs ancêtres aux premiers vazaha (étranger) venus. Eux, Ils parlent 100% malgache, ou presque, les fois où ils utilisent les autres langues, ils précèdent leur propos d’un petit « Miala tsiny amin’ilay Teny baiko » (comprendre « excusez-moi, je ne trouve pas l’équivalent malgache de ce mot que je vais dire, je vais donc parler comme ceux qui ont vendu leurs ancêtres aux premiers vazaha venus »)

2-Les cuisiniers
Ce sont ces gens qui se sentent obliger de mélanger les fourmis et le pétrole, les brèdes et le riz, comme pour le « vary amin’anana » (un plat malgache composé de brèdes et de riz). « Hitanao an, tu vois an, tena n’ignoreny mihitsy ah an, il a fait semblant de pas me voir du tout aki an ».

3-Les Western Union
Ce sont ceux qui ont l’habitude de mendier demander de l’argent. « Argent vazaha, vazaha argent ». D’ailleurs, ils ont de nombreux termes pour désigner les billets verts: monnaie, jus, café, indemnité, petite participation. Mais à part ces mots sur la billetterie, ils peuvent à peine aligner deux phrases en français.

4-Les Mireille Mathieu
Ce sont ceux et celles qui massacrrrrent les R comme le moteur d’un mixeur tout neuf. Tu sais quand eux ils parlent ça sonne comme une chignole ou une perceuse. Gare à tes oreilles.

5-Les DALF C2
Ce sont ceux qui parlent le français avec aisance. Ils n’ont pas seulement un bon français, ils sont plus français que François Hollande. Et aux étrangers de dire : « Tiens, tu parles presque sans accent ». Généralement, on te dit ça quand ton interlocuteur est sur le point de passer tes coordonnées à son pote qui gère un centre d’appels à Tananarive qui travaille pour des boîtes françaises. Ces gens, ils ont tout de suite décroché leur Diplôme approfondi de la langue française niveau C2 (d’où leur nom DALF C2) quand ils étaient en maternelle petite section.

6- Les « A toi de parler »
Ce sont les victimes de la malgachisation du système scolaire suite au soulèvement populaire de 1972. Depuis, ils sont fâchés avec la langue de Molière et ils ont réclamé les Iles Eparses.

7-Les formateurs
Eux, ils veulent se convaincre qu’ils parlent 100% le malgache, mais en réalité, ils s’expriment en français « malgachisé ». Explication : armé d’esprit patriotique inégalable, ils ajoutent à tous les verbes en français à l’infinitif, des suffixes du genre « -evana » et « -ivana ». ça leur donne bonne conscience et ça leur fait du bien. Sauf à nos oreilles. Pourquoi ? Parce que pour dire modifier en malgache, ils disent « modifievana », « clikevana » pour cliquer et « delimitiavana » pour délimiter.

8-Les consultants
Ce sont ceux qui sont professionnels dans un domaine très précis, à tel point que leur vocabulaire est très restreint. « Coca », « resto », « massage », « chambre », Doucement », « plus vite », « encore », « c’est bon », « oui », « euro ». Voilà à peu près leurs 10 mots de la Francophonie. Pour dire qu’elle a froid, elle pourrait te dire « Je suis frigidaire ». Mais attention, avec son encyclopédie alégée, le massage message passe. Certains appellent ces gens « les prostitués » mais ils sont en réalité comme tous ces consultants qu’on engage, forts dans des domaines et des choses très très spécifiques.

Voilà, on peut dire qu’à Madagascar, le français, c’est notre métier. Et vous, comment parlez-vous le français chez vous?
Maninona raha mba partagevana any io artikle io ? Et si vous partagiez ce billet de blog. Mais en attendant, joyeuse fête de la Francophonie ! 😉

 

5 Commentaires

      1. ok, en parcourant à droite et à gauche le blog, j’en ai appris un max sur les jeunes de Tuléar, ou plutôt sur ce que la ville de Tuléar proposait à ces jeunes.

        merci!

        je m’interesse à tout mada, et pour ta région, sur quoi se fondent son économie, plus concrètement?

        d’un point de vue, psycho-socio-culturelles, qu’est-ce qui caractérise les tuléarois, par rapport aux autres régions de notre île?

        j’avoue humblement, je suis allée au nord, l’est, le menabe, le centre, mais Tuéar, j’ai pas encore eu l’occasion de voir, ni même de discutter avec un tuléarois, c’est une des plus grands attraits de ton blog (+ ton talent évident pour la communication, qui facilite les choses il faut dire)

  1. MHA= Maty hehy aho (ma traduction de MDR ou lol, au choix).

    Moi je sais parrrrler la Frrrrance.
    En vrai, je ne sais pas à quelle catégorie j’appartiens, je dirais que je parle le français de France. Je vis en France depuis longtemps et je parle français depuis toute petite. Ici, j’ai eu droit plusieurs fois au « mais t’as pas d’accent!’ avec un air étonné. (ça venait après l’habituel « Ah tu viens de Madagascar… Tananarive! » dit avec beaucoup de fierté-on y a tous droit à ça). Pour rigoler avant, je répondais que j’avais appris en regardant Dallas. Bon, ça ne faisait rire que moi…
    Mais blague à part, je me suis rendu compte que les Français sont souvent étonnés que je parle la langue comme eux alors que je suis née et j’ai grandi à l’étranger. En fait, ils connaissent très peu l’importance de la Francophonie et les actions culturelles françaises à l’international. Pour eux, quand on parle de sommet de la Francophonie, ça ressemble juste à un énième rassemblement de sommités et chefs d »états. Ils ne savent pas qu’il y a un vaste réseau d’écoles et de lycées français, ne connaissent pas l’Alliance française, les instituts culturels, etc. A côté de ça aussi, il n’y en a pas beaucoup qui connaissent ou se souviennent de l’histoire coloniale.

    Zay fa nahavita partage aho. Tena je suis contente fa misy blog momban’i Tuléar alou e! Io vary aminan’ana hilanao zao. Mazotao homa lahy e!

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