Etranger-Jackpot, Chasseuse de primes et Petit Chéri : l’amour avec un grand F

Si vous passez à Tuléar, vous remarquerez quelque chose d’assez intrigant, une chose qui ne vous tracasserait peut-être pas trop dans les autres villes de Madagascar. Quand on y pense, c’est finalement assez typique à toute la Région du Sud-Ouest de la Grande Ile.

 

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Est-ce que Tuléar est la ville des coincés ?

Vous emprunterez les rues bitumées, « monotumées » de nids de poules et autres sentiers inquiétants, vous trouverez rarement de couples qui montrent au grand jour leur amour. J’entends par « montrer au grand jour » se tenir par la main ou (pire ?) encore s’embrasser en public. On aurait l’impression que la plupart des quelques 170 000 habitants de la Capitale du Sud sont coincés émotionnellement. Et c’est à se demander si c’est une démonstration extrême d’une pudeur débordante ou c’est juste à cause de la chaleur ambiante, symbolisée par le passage du Tropique du Capricorne, qui ôterait chez les couples toute envie de faire des bras-dessous et des coller-serrer.

Cette attitude trop réservée présente ses inconvénients. En effet, si par malheur deux personnes de sexe opposé sont vues ensemble, tous les pronostics sont avancés comme si on était dans une course de chevaux. Certains diront que ces deux gens sont amis, d’autres diront qu’ils sont amants. Personne n’est là pour les effusions sentimentales en public mais pour entrer dans la vie des gens et deviner le tiercé gagnant, tout le monde s’y colle. Car les curieux, il n’en manque pas.

On aime l’amour…

Les tuléarois peuvent être avares de démonstrations publiques, mais à côté, ce sont de grands amateurs d’amour, dans tous les sens du terme. Tu es assis tranquillement sur le sable blanc d’une plage ? Hop, une jolie fille vient vers toi pour te vendre des produits artisanaux locaux dans un premier temps, puis te proposer un massage au cas où tu n’es pas trop friand des articles de souvenirs. Ce n’est pas de l’amour ça ? Ne jamais parler à un inconnu (pour le masser), cette vieille règle de la mère asociale, ne s’applique plus de nos jours.

C’est le weekend ? Le cinéma Tropique, seule salle de Cinéma de Tuléar, est pleine. A la sortie, de garçons et filles s’en vont deux par deux après un bon long métrage. Mais tu ne sais pas au juste si ce sont des amis ou des amants. Pas comme à Antananarivo où tu te croirais dans un film à l’eau de rose à chaque pas que tu fais.

Amour, ce mot de cinq lettres qui fait vibrer 7 milliards de personnes et fait tourner le globe autour du Soleil se présente à Tuléar, sous plusieurs formes. Il y aura l’amour désintéressé, cette union entre deux êtres pour la bonne cause, avec comme sponsors officiels les câlins et l’eau fraîche. Et vous connaissez aussi sûrement l’amour « échange de services », que je qualifie comme un pur produit du capitalisme. C’est dans cette deuxième catégorie que je classerai ce système qui fait effet de mode à Tuléar. Son nom, deux mots ni gros ni grands: Petit Chéri.

Le « Petit Chéri » c’est quoi, c’est qui ?

Dans une ville où le tourisme contribue activement à l’entrée de revenues comme Tuléar, tout vazaha (nom vernaculaire des étrangers) est un jackpot qu’il faut absolument décrocher. Tout étranger qui se respecte sera comme une gazelle dans une cage à lions. Où qu’il ira, lui et son portefeuille auront la cote.

Certains vazaha de sexe mâle, pas trop fans de popularité et ne voulant pas être des gazelles, ont compris cette loi de la nature depuis l’aube du siècle que quand ils arrivent à Tuléar, la première chose à faire est de partir en quête d’une compagne-assurance bonne et bonne : assez ouverte d’esprit pour étudier toutes sortes de propositions (prête à embrasser en public, par exemple) et cordon bleu (critère toutefois facultatif, ce n’est pas les restos qui manquent ici). Une fois cette mission accomplie, bonjour la tranquillité, adieu les vozaky tsapatsapa  en boîte de nuit, ces touchers suspects venant d’un peu partout de gens que tu ne connais pas au Zaza Club qui n’en ont qu’après tes billets. Etre casé, être Vazaha titré et borné, ça démotive les candidates les moins téméraires et garantit un peu la paix.

Les belles tuléaroises qui ont connu des déboires avec certains de leurs bolloss de compatriotes ou qui ont des soucis pécuniaires et qui ne se spécialisent plus aujourd’hui qu’en collecte de vazaha, ont été au courant de cette prudence de leurs étrangers-jackpots bien avant l’aube des temps. Elles sont putes mais pas dupes. L’objectif n’est plus donc de jouer à la frivole imprudente en discothèque mais la frivole intelligente qui finit avec une bague au doigt au petit matin. Epouser un vazaha, devenir valim-bazaha demande beaucoup plus qu’un Bac+5. C’est la concurrence assurée.

Et l’heureuse gagnante, celle qui a la chance de décrocher un jackpot n’aura pas que du fric (avec un grand F) venant de son sponsor au passeport étranger. En effet, elle opèrera pour réaliser tous les superflus car les clichés veulent que la valim-bazaha, soit la pin-up qui se pavane en Quad ou au volant du 4X4 dernier cri. Comprenez, elle s’est fait Bill Gates. Mais à part son géant de l’informatique, chaque pin-up est réputée avoir un amant malgache. C’est lui le « Petit-chéri ».

On ne vit pas de glamour et d’eau gazeuse…

Jaloky, Dzombilo, il y a des tas de noms pour parler du « Petichérisme ». En termes plus précis, le Petit chéri est ce type qui sort avec la femme ou la compagne d’un vazaha, en cachette bien sûr. C’est un échange de services, car le confort matériel, le quad et le 4X4 ne suffisent apparemment pas à notre chasseuse de primes xénophile. Elle est compensée en biens immatériels (tout ce dont son étranger est impuissant de lui offrir) par son amant malgache et en retour celui-ci se fait entretenir par sa bienfaitrice.

On ne sait plus où se situe l’amour avec un grand A (le fitiavana avec un grand F comme on dit en malgache) dans tout cela mais ce qui est sûr c’est que la filière existe. Mais si les valim-bazaha sont infidèles envers leur jackpot, ce ne serait pas de leur volonté. Il y aurait des raisons occultes dans l’histoire (puisqu’on vous dit qu’un bac+5 ne suffit pas). Il semblerait qu’elles soient obligées de prendre un amant malgache si elles veulent que leur gris-gris fasse effet et que leur pigeon importé ne s’envole vers d’autres cieux. Donc ce n’est qu’un mal (mâle ?) pour un bien. Ce ne sont que les suppositions des mauvaises langues. Aucune étude plus poussée n’a été effectuée à ce sujet.

Bref, même si l’amour peut être complexe dans la Ville du Soleil, je suis prêt à crier sur tous les toits que Tuléar est la Ville de l’amour, unique en son genre. On emmerde Paris ! J’ai rien dit.

 

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2 Commentaires

  1. Salut!
    Grand merci à toi pour cet article car je pépare un mini mémoire concernant le Jaloky en sociologie.. et franchement ton article m’aide beaucoup.. et j’aimerai mieux approfondir ce thème avec vous si possible..
    Merci d’avance!

  2. J’adore ce billet. Sombre réalité, brillamment exposée, sur la « pute mais pas dupe » . L’amour avec un grand A vient après la communication avec un grand C, Chacun trouve son compte à mon avis. Et le Vazaha et la Gasy. Mais ce n’est que mon avis.

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